La maladroite – Alexandre Seurat

Je voudrais me rappeler Diana, mieux que je ne peux en vrai. Je voudrais me rappeler tout ce que Diana et moi n’avons jamais fait ensemble, comme si nous l’avions fait.

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Résumé: Diana, 8 ans, a disparu. Ceux qui l’ont approchée dans sa courte vie viennent prendre la parole et nous dire ce qui s’est noué sous leurs yeux. Institutrices, médecins, gendarmes, assistantes sociales, grand-mère, tante et demi-frère…

Les premiers mots:

 Quand j’ai vu l’avis de recherche, j’ai su qu’il était trop tard. Ce visage gonflé, je l’aurais reconnu même sans son nom – ces yeux plissés, et ce sourire étrange – visage fatigué, qui essayait de dire que tout va bien, quand il allait de soi que tout n’allait pas bien, visage me regardant sans animosité, mais sans espoir, retranché dans un lieu inaccessible, un lieu qui disait, Tu ne pourras rien, et ce jour-là j’ai su que je n’avais rien pu. 

Ce n’est pas un coup de cœur. C’est un coup de poing. Un malaise qui s’insinue dès les premiers mots et qui ne nous lâche pas jusqu’à cette 122e page où tout s’éclaire, où l’on se dit  » je le savais »,  » je le sentais ».

Ce n’est pas un feel-good book, on commence à se connaitre vous et moi, c’est un livre qui dénonce l’horreur de ce que vivent des milliers d’enfants: la maltraitance enfantine.

Un nom à la va-vite lui a été donné. Diana. Un nom de princesse – mais de princesse brûlée vive. Comme si c’était aider l’enfant qui partait déjà mal dans la vie.

Le livre commence par la voix de la première institutrice, qui tombe sur l’avis de recherche de cette petite fille qu’elle avait eu en classe quelques années auparavant. Dès le début, on se doute du drame qui se joue, qui s’est joué. Ensuite, les voix de la grand-mère, de la tante, de la directrice, de … et de… toutes ces personnes qui se sont souciées de Diana, qui ont osé parler mais trop tard. La grand-mère est touchante de tristesse tellement son amour est puissant pour sa petite fille.  » Et si ma fille avait un problème avec Diana, j’aurais pu la garder moi, je m’en serais occupée, elle pouvait me la confier, si elle avait un problème avec elle. » 

Diana n’était pas une enfant désirée. D’ailleurs, à sa naissance, la mère accouche sous X mais se reprend quelques jours après et la récupère pour aller vivre avec le père. Le destin de Diana est alors scellé.

Une fois, elle dira à sa grand-mère  » Maman hier elle m’a tapée » et ensuite plus rien. Même en insistant. Elle répétera les justifications pour expliquer ses coups et ses blessures. 

Le récit choral nous plonge au plus profond des personnages, de leurs pensées, de leurs réactions face à cette gamine « légèrement handicapée » et de leur désarroi.

Avec une construction réfléchie, des mots simples et une légère distance,  Alexandre Seurat, dont c’est le premier roman, distille le venin de cette famille sans juger et sans tomber dans le voyeurisme. 

L’auteur s’est inspiré d’un fait divers qui a secoué la France il y a quelques années, l‘histoire de Marina, morte sous les coups de ses parents. C’était la seule enfant de la fratrie à subir les coups. Ses frères et sœurs étaient épargnés.

Ce livre se lit d’une traite, d’un souffle.

(Je ne sais pas pourquoi, peut-être avec ce rôle de l’institutrice fort présent, cette gamine qu’on a envie de prendre par la main, une écriture simple…  ce livre m’a fait penser à celui de Thierry Lenain  » La fille du canal » (histoire d’une petite fille abusée par son professeur de dessin).)

 

 – La maladroite d’Alexandre Seurat, Éditions du Rouergue, Collection La Brune, 2015, 122 pages –

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13 réflexions sur “ La maladroite – Alexandre Seurat

  1. Laeti dit :

    Très beau billet! On sent que ce livre t’a profondément touchée. Je m’attendais sans doute à autre chose, en lisant les nombreux avis (trop) enthousiastes, j’ai bien aimé cette lecture, qui secoue indéniablement, mais ce n’est pas un coup de cœur. Je trouve qu’il dénonce surtout un système complètement obsolète de l’administration. L’entourage de la petite m’a paru justement très au courant de la situation et c’est le travail des professionnels qui n’a pas suivi.

    Mais voilà, cela reste un souvenir fort de la rentrée littéraire passée!

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    • lespagesversicolores dit :

      Oui, il m’a touchée :-). Après cette lecture, je me suis surprise à regarder les photos de la vraie « Diana », Marina, avec c’est vrai, son visage bouffi, son sourire bizarre et cette mine d’enfant indéfinissable.
      C’est une grande injustice dont ont été victime Marina et tous les autres qui souffrent.

      Et oui, c’est un roman qui gardera une place particulière.

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  2. Marie-Claude dit :

    Comme Jérôme, j’attends sa sortie en poche. Et comme plusieurs romans traitant d’enfance cabossée me sont dernièrement passés entre les mains, je vais prendre une toute petite pause.
    Mais comme le sujet m’intéresse et qu’en plus, il s’agit d’un roman choral, c’est certain, je veux le lire.

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  3. Electra dit :

    ton billet reflète bien ce que j’ai ressenti à la lecture, tu le sais – j’avais reconnu la petite fille et j’avais son visage tout cabossé en tête. Une histoire sombre mais un livre nécessaire pour faire avancer les choses !

    Aimé par 1 personne

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