Kinderzimmer– Valentine Goby

Kinder(www.actes-sud.fr)

Résumé: En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de quarante mille femmes. Sur ce lieu de destruction se trouve comme une anomalie, une impossibilité : la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres. Dans cet effroyable présent, une jeune femme survit, elle donne la vie, la perpétue malgré tout.

Les premiers mots: 

Elle dit mi-avril 1944, nous partons pour l’Allemagne.

On y est. Ce qui a précédé, la Résistance, l’arrestation, Fresnes, n’est au fond qu’un prélude.

 

J’en ai lu des livres sur la Shoah, la déportation des Juifs, la vie dans les camps et la vie pendant la guerre 40-45. J’ai commencé avec le « Journal d’Anne Franck » et je me suis presque littéralement gavée de ce genre de récit.

Mais c’est la première fois qu’un roman me perturbe autant et me donne envie de pleurer (d’ailleurs, lire ce genre de récit dans le train, est une vraie torture).

Tout d’abord, le récit est exclusivement écrit au présent, ce qui donne l’impression qu’on est avec Mila, Téresa et toutes les autres. Les déportées, les prisonnières politiques et les juives. Mila, l’héroïne du roman, est une résistante, elle codait des messages sous forme de notes de musique.

Si elles avaient su ce qui vient elles auraient demandé la balle en plein coeur, au mont Valérien ou ailleurs, ou se seraient jetées du train.

Elle sait qu’elle est enceinte lors de son arrestation et de son trajet vers Ravensbrück mais elle ignore tout de la maternité et de la façon dont le bébé grandit en elle. On ne lui a jamais expliqué.

Elle va jusqu’à ignorer sa grossesse, de un pour ne pas se faire remarquer et de deux pour ne pas se soucier davantage de sa vie.

Faire de l’enfant un viscère supplémentaire, un bout d’intestin, d’estomac, organe digestif non doué de vie propre, tout de suite le deuil de l’enfant condamné comme nous toutes.

Jusqu’au jour où elle accouche… et elle découvre la Kinderzimmer. Une pièce où les bébés sont parqués, sans soins, sans chauffage, seuls. Ils n’ont droit qu’à la visite de leur mère pour l’allaitement qui ne dure pas longtemps faute de lait, faute de tout.

Elle se demande de quoi elle accouchera vu sa minceur: un bébé chat? une salamandre? un petit singe?

Son bébé va raccrocher Mila à la vie, pour elle tout est signe qu’elle doit continuer à se battre. Elle est aidée des autres prisonnières, de la puéricultrice Sabine (qui a réellement existé, il s’agit de Marie-José Chombart de Lauwe, rencontrée par l’auteure).

Grâce à ce livre, j’ai appris que des enfants étaient nés dans les camps et que peu d’entre eux avaient survécu. À Ravensbrück, sur 500 naissances consignées, il y en eu une quarantaine.

Les bébés de Ravensbrück savent tout, à croire que l’ange ne s’est jamais penché sur eux.

Ce roman ne joue pas sur la mièvrerie: tout est dit, sans compassion pour le lecteur.

Ce livre m’a questionnée: est-ce que j’aurais survécu? est-ce que je me serais battue ainsi pour ma vie? qu’est-ce qui rattache l’Homme à la vie?

C’est donc un livre qui bouleverse totalement, l’écriture de Valentine Goby ( c’est promis,je varierai plus mes auteurs 🙂 ) réussit son coup à chaque fois, en tout cas avec moi!

Alors, intéressé?

   – Kinderzimmer de Valentine Goby. Actes Sud, 2013. 224 pages. – 

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9 réflexions sur “ Kinderzimmer– Valentine Goby

  1. Laeti dit :

    Avant « Un paquebot dans les arbres », c’était un NON catégorique pour moi de lire ce roman! Et là, je me pose la question, tellement j’ai aimé la plume de Valentine Goby (merci qui :D). Il faut parfois oser en lecture…
    Est-ce que tu aurais d’autres titres à me conseiller sur la Shoah?

    Aimé par 1 personne

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